La 453e UFO avec le 27e BCA

La 453e UFO avec le 27e BCA

Rien  de concret sur  cette 453°UFO  

Merci de me dire par un petit mot en fin de page, ce que vous avez  appris sur votre régiment et de cette force locale de l'ordre Algérienne constituée vers le début avril 1962, que vous ne saviez pas.

Merci aussi, de me dire  si vous savez autre chose,  sur cette période transitoire de Mars 1962 à l'indépendance de l'Algérie 

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" Nous aimerions savoir, pour notre devoir de mémoire, si les informations que nous avons obtenus en 2013 sur notre camarade de la Vienne,(voir ci-dessous)  se serais pas passé ailleurs aussi  dans d'autres unitées, dont nous n'avons aucune information précise a ce jour pour cette période?"

 

Copie de documents officiels )

Rousseau Jean Claude (86)  libéré de ses obligations légales le 1-5-62  Maintenu sous les drapeaux le 1-5-62

Muté à  la 470 UFL à compter 1-4-62     Porté disparu   depuis le  2-7-62

Muté  CAR     101          23- 8- 62

Pris en compte   CAR  101 a/c   le 1-9-62   D.M  N°17903/ES CA/CH/ (illisible) en  date du 23-8-62

Affecté   CAR  4 Bordeaux  a/c du  1-9-62                                                       

Rectificatif à l’OM N° 18903/23 CA CH /p en date du 23- 8-62 a l’affectation à la CAR 101

Affecté  CAR/1   a/compter  du 26 -9-62   A.M 9105  ( illisible)  du 26-9-62

Déclaré décédé le 2- 7-62   Par jugement rendu le  18-6-63 par le TGI de Poitiers

 Jeune soldat courageux et dynamique de la 470ème compagnie de la force locale stationnée à Reibell  (Algérie)  Le 2 juillet son unité ayant été encerclée par des éléments rebelles, a fait preuve d'abnégation et d'un mépris total du danger en refusant de se laisser désarmer. A éte tué aucours du combat qui s'est engagé 

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Yvon priou pour site

Cadeau du ministre des armees 

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Un livre écrit par un appelé du contingent de la Vienne

Troufion en Algérie: en grande Kabylie avec le 27e BCA, 1955-1957

 Par Jean Demay   Editions Cheminements

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Souvenirs   Notre vie militaire- physionomie et évolution de la promotion de 1954 à 1956
- historique de la période 1954-1996
- 1980 : les 25 ans de la promotion

            Une promotion dans la tourmente : Algérie 1954-1962 (Texte de Paul GAUJAC.

 Les citations sont tirées du courrier publié dans le bulletin de promotion.)

            “Pendant ce mois de décembre, nous avons eu pas mal de casse. La vie au commando est très rude : terrain très difficile, bandes bien organisées et nombreuses. Nous passons, par semaine, environ quatre nuits et cinq jours à crapahuter dehors, et ce, malgré un froid sibérique. Je commence à être très fatigué”.

 Mars 1962 :

            “Le barrage a lâché et pour cause, nous commençons la “drôle de guerre”. J'envie ceux qui sont loin… Le PMAH de réserve générale espère rentrer en France en septembre ou octobre”.

 Avril 1962 :

            “Toujours lieutenant en premier dans un escadron qui cherche à se regrouper, sans y réussir, j'attends avec philosophie la fin du séjour, seul dérivatif à toutes les bêtises que l'on nous fait faire actuellement”.

 Août 1962 :

            J'ai rejoint le… en Grande-Kabylie et ai été affecté à la 2° compagnie. L'ancienne compagnie de notre regretté B… Son souvenir parmi les cadres reste très vivace. Sa photo où, en alpin, il se détache sur les massifs kabyles enneigés, a toujours été à la place d'honneur jusqu'au jour où, contre la volonté de tous, mais avec l'esprit de discipline qui nous caractérise, nous sommes devenus UFL puis UFO. Nous avons voulu lui éviter cette triste et pénible période”. (1963 : chef de bataillon Saulnier )

Donc pour la constitution de la Force Locale de l'Ordre Algérienne Le chef de Bataillon était Saulnier.

Epilogue en forme de bilan

            En 1962, les éditions Flammarion publient un ouvrage intitulé

“Quatre ans de guerre en Algérie”. Préfacé par le général OLIÉ, ancien commandant de l'ESMIA, ce livre est un recueil des lettres de François DÉNOYER, mort pour la France, adressées à ses parents durant son séjour en Algérie.

            L'année suivante, la promotion figure massivement au tableau d'avancement pour le grade de capitaine. A l'opposé, certains ont décidé de quitter l'Armée, “pour une quelconque raison, politique, sentimentale, intéressée ou non… ”

            Les 20 et 21 juillet, grâce au dynamisme du groupe de camarades instructeurs à Coëtquidan, une réunion de promo est organisée à l'occasion du Triomphe de la promotion Bir Hakeim.

            Dans les tribunes sur le Marschfeld, sept ans seulement après le Pékin de Bahut, les lieutenants de l'Amilakvari et de la Franchet 55-56, dont cinquante-sept camarades sont morts pour la France au cours de ces sept années d'opérations, font déjà figure d'anciens combattants.

Entre 1955 et 1962, le 27e  BCA est engagé en Kabylie où il perd 62 cadres et chasseurs.

  • 23 septembre 1955 - 25 novembre 1962 : débarqué en Algérie en septembre 1955, le bataillon se voit confier le secteur d’Azazga puis sera en Haute Kabylie dans la région de Ifigha, sous les ordres du Chef de bataillon Saulnier. Le 27, dans cette région de profondes forets et de montagnes difficiles, mène la dure vie du maintien de l'ordre. Ayant progressivement anéanti les Katibas rebelles, il traque les derniers fellaghas.
    5 officiers, 3 sous-officiers et 54 chasseurs sont tués durant cette campagne. Le 27e BCA se retire à Annecy en novembre 1962.
  • Selon l’ordre du jour du 14 novembre 1962, lorsque le 27e B.C.A. quitte l’Algérie en novembre 1962, le bataillon a mis hors de combat 712 adversaires et s’est emparé de 575 armes et déplore 61 morts (49 au combat, 12 par accidents) : 11 officiers, 12 sous-officiers d’active ou de réserve, 38 chasseurs F.S.E. ou F.S.N.A..

 

 

27 BCA  source Anciens militaires de Saint Cyr

1961 - 1963 : chef de bataillon Saulnier

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Concernant la 453 UFO du  27ème BCA. Nous aimerions savoir, pour notre devoir de mémoire, si les informations que nous avons obtenus en 2013 sur notre camarade de la Vienne,(voir ci-dessous)  se serais pas passé ailleurs aussi  dans d'autres unitées, en particulier a la 453°UFO du 27ème BCA dont nous n'avons aucune information précise a ce jour sur cette unité pendant cette période?

Copie de documents officiels )

Rousseau Jean Claude (86)  libéré de ses obligations légales le 1-5-62  Maintenu sous les drapeaux le 1-5-62

Muté à  la 470 UFL à compter 1-4-62     Porté disparu   depuis le  2-7-62

Muté  CAR     101          23- 8- 62

Pris en compte   CAR  101 a/c   le 1-9-62   D.M  N°17903/ES CA/CH/ (illisible) en  date du 23-8-62

Affecté   CAR  4 Bordeaux  a/c du  1-9-62                                                       

Rectificatif à l’OM N° 18903/23 CA CH /p en date du 23- 8-62 a l’affectation à la CAR 101

Affecté  CAR/1   a/compter  du 26 -9-62   A.M 9105  ( illisible)  du 26-9-62

Déclaré décédé le 2- 7-62   Par jugement rendu le  18-6-63 par le TGI de Poitiers

 Jeune soldat courageux et dynamique de la 470ème compagnie de la force locale stationnée à Reibell  (Algérie)  Le 2 juillet son unité ayant été encerclée par des éléments rebelles, a fait preuve d'abnégation et d'un mépris total du danger en refusant de se laisser désarmer. A éte tué aucours du combat qui s'est engagé  

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Camp du Maréchal

par Didier NEBOT

Nous sommes en Mai 1962. Après les accords d'Evian de Mars 1962, le cessez-le-feu est intervenu avec le FLN. L'indépendance de l'Algérie est inéluctable. L'O.A.S. (organisation armée secrète) joue la politique du désespoir, de la "terre brûlée". Les attentats se multiplient à Alger et dans les grandes villes aussi bien contre les Musulmans que contre les Européens qui veulent quitter l'Algérie, qualifiés de déserteurs par l’OAS.

 Les "forces de l'ordre" qui n'ont plus comme ennemi le FLN se focalisent sur l'OAS. L'université d'Alger est considérée comme un des bastions de cette organisation secrète et les étudiants sont tous suspectés. Dès lors, les autorités françaises font des rafles d'étudiants pour les interner dans des camps loin des centres urbains.

J'ai été l'un de ceux-là. Voici mon témoignage : 

Mai 1962… Ce sont les derniers jours de l’Algérie française. La faculté de médecine est fermée, l’activité économique est réduite à sa plus simple expression, tout va mal, Alger est en état de déliquescence, la vie est devenue impossible. Malgré une présence multi centenaire dans cette si belle terre d’Afrique mes parents, perdus, désemparés, envisagent de quitter le pays. C’est alors que la malchance va me conduire durant une dizaine de jours dans un camp d’internement situé en grande Kabylie, Camp du Maréchal,  où j’ai cru ma dernière heure arrivée.

A ma libération, deux jours avant notre départ pour la France, je racontais à un de mes voisins, journaliste dans je ne sais quel magazine, et que j’avais croisé à plusieurs reprises dans la cage d’escalier de mon immeuble, le récit du journal que j’avais tenu à Camp du Maréchal.

 Plusieurs mois plus tard,  alors qu’avec mes parents et mon frère nous commencions une nouvelle vie à Marseille, un de mes amis me donna le journal qui avait relaté mon histoire. J’eu la désagréable surprise de constater qu’il s’agissait de RIVAROL, un magazine d’extrême droite. Pourquoi cet hebdomadaire publia-t-il le journal d’un juif ? Je n’en sais rien.

Quoi qu’il en soit tout ce qui est dit dans ce journal est vrai et je retranscris aujourd’hui les paroles que j ai tenues à ce journaliste, dont je ne me souviens plus du nom. Seul élément faux et discordant, c’est lorsque vous le verrez, l’article parle de la « race » juive. Choqué par ce mot inadmissible que je n’avais pas prononcé, je n’ai pas réagi à l’époque. J’avais découvert cet article, presque par hasard, longtemps après les faits et nous avions d’autres soucis que celui de demander des explications à défaut de réparation sur des termes choquants et inappropriés. Il fallait vivre, panser ses plaies et oublier l’Algérie.

Voici l'article: didier-nebot-article-rivarol.jpg

22 juin 1962

D’Alger nous est parvenu par le truchement d’un ami, le document que nos lecteurs trouveront ci-dessous. Il s’agit du journal d’un jeune israélite algérois, arrêté, à son domicile, lors d’un bouclage effectué au Plateau-Saulière.

«  Le mercredi 9 mai, à 16h30, les CRS se présentent chez moi. Ils n’opèrent aucune fouille, mais à leur « grand regret » me demandent de les suivre. Mon frère a 15 ans, il n’est pas emmené. «  C’est juste un contrôle d’identité à l’école Barnave… » J’apporte, néanmoins, quelques affaires de toilette. J’ai déjà fait un « stage » à Béni-Messous, pris dans une rafle dans la rue et je prends mes précautions…

J’ai bien fait, car on nous conduit au camp de Béni-Messous, où je vais passer 48h, avec tous les hommes de 18 à 50 ans de mon quartier. On mène une vraie vie champêtre. Personne ne couche dans les baraques, il y a de la vermine et il fait trop chaud dans la journée. On préfère coucher dans deux couvertures à même le sol. Pour moi, ça peut aller, mais je vois des hommes âgés qui ne semblent pas s’accommoder des faits.

«  Ces deux journées auront vite passé. Nous étions… près de 1200.

«  Le vendredi 11 mai, vers midi, tous les hommes de plus de 22 ans, pris en même temps que moi, sont libérés. Nous restons 93 jeunes de 18 à 22 ans. Les bruits les plus divers circulent : « On va nous envoyer à Paul-Cazelles, dans le sud-Algérois… ou à Orléansville… On va nous mobiliser sur le champ et nous envoyer en Allemagne. »

«  Ma mère me fait parvenir par l’intermédiaire de la croix-rouge des vêtements, des affaires de toilette, un poste et des médicaments. Car il faut que je prenne soin de ma santé. J’ai un virus dans le sang et suis sujet à des crises d’urticaire.

«  A 14h, ce vendredi, on nous embarque dans des camions escortés par des gardes-mobiles. On n’arrive pas à savoir vers quelle destination nous allons. Les gardes sont muets. Nous arrivons à Douéra, au Château Holden, où d’autres jeunes européens internés viennent grossir notre groupe. A 16h 45, nous nous remettons en route. Cette fois, un garde mobile nous dit : «  direction Grande-Kabylie… » Sans plus.

«  Après un trajet de trois heures dans ces camions bâchés, nous nous arrêtons à l’entrée d’un camp. Un camarade se penche et arrive à lire : «  Camp d’hébergement de Camp du Maréchal. »

«  C’est un ancien camp où étaient internés les fellaghas avant le cessez-le-feu. Nous prenons le relais. Les baraquements sont en dur et, cette fois, habitables. Nous nous installons pour notre première nuit. On nous sert un dîner que nous ne touchons pas. Heureusement que nous avons nos provisions de boîtes de conserve.

«  Le lendemain, il nous faut désigner 8 cuisiniers et 2 magasiniers. Car il n’y a pas de personnel pour s’occuper de nous. Le colonel, commandant le service de garde du camp (des chasseurs alpins), nous rend visite dans nos baraques. Il nous fait d’emblée excellente impression et, tout au long de notre séjour, il fera pour nous preuve de sollicitude et de tendresse paternelles. Il nous considère « comme ses fils », il nous donnera de sages conseils. Je conserverai de lui un souvenir impérissable. De certains copains aussi. Car c’est dans de telles circonstances qu’on se fait les meilleures amitiés.

«  le lendemain matin de notre arrivée, premier incident avec les chasseurs alpins. On demande des internés pour le lever des couleurs. Une baraque se porte aussitôt volontaire et se dirige vers le lieu de rassemblement. Alors, arrivent les chasseurs, l’arme à la main. Ils entourent les copains, menaçants, et leur crient : «  Allez, grouillez-vous, c’est un ordre, vous entendez, un ordre, pressez-vous… » Choqués par ces manières rudes, alors qu’ils y allaient de leur plein gré, les copains font demi-tour. Ils voulaient aller en hommes libres, sans contrainte, saluer leur drapeau. Le lever des couleurs se fera sans nous. L’atmosphère se détendra quelques jours plus tard.

«  Cet incident que nous ne nous expliquions pas, nous en aurions plus tard le motif. « On » nous avait présentés aux chasseurs alpins comme de dangereux tueurs OAS, de redoutables commandos, dont certains avaient tiré sur des militaires à Bab-el-Oued…

«  Le lundi 14 mai, vers 16 h, nouvel arrivage de jeunes pris dans la rue, au cours de rafles. Nous sommes près de150, et vers la fin de mon séjour194…

« Le mercredi 16, le colonel nous annonce une triste nouvelle. Demain doivent arriver les éléments de la force locale, qui remplaceront les chasseurs alpins. Les esprits s’échauffent, le mécontentement gagne les plus calmes, nous passons une mauvaise nuit. Nous sommes abattus et nerveux. De quoi sera fait demain ? Je fais un cauchemar. Je me vois en train de fuir devant des musulmans qui me tirent dessus…

«  Je me réveille en sursaut. Je pense… On va sûrement encore nous étiqueter comme tueurs auprès de la force locale. Et s’ils le croyaient, et s’ils voulaient faire des représailles, et s’ils nous égorgeaient durant la nuit ?

«  Le lendemain, ils arrivent… Nous n’aurons, nous, internés, aucun contact avec eux. Je dis interné, mais je devrais théoriquement dire hébergé. Mais ici, nous nous considérons comme des prisonniers.

«  Je pense à mes parents, à ma mère surtout. Je lui ai envoyé deux lettres par une filière à nous. Mais les a-t-elle reçues ? (A ma libération, j’apprendrai qu’elle ne les a jamais reçues. Plus de 10 jours sans un mot de moi…). Elle a réussi à me faire parvenir un mot, dans lequel elle me demande de conserver mon sang-froid, de ne pas laisser éclater ma peine ou ma colère. Je suis israélite, je pense à tous ceux de ma race1 qui ont souffert bien plus que moi et je me tais. Je conserve la foi. Ceux qui ont souffert connaîtront un jour la paix, c’est le juste retour des choses. Les méchants seront punis.

1 - Ce mot « race » n’a bien sûr pas été utilisé par moi. C’est le journaliste qui en parle, je retranscris ici scrupuleusement l’article du journal. Ce mot insupportable montre bien que RIVAROL à l époque, même s’il voulait se donner bonne conscience en parlant du témoignage d’une jeune juif, ne pouvait éviter, par ce mot anodin pour lui, montrer sa vraie nature. Pour ces gens les juifs font partie d’une race et c’était d’une telle évidence  pour eux qu’ils n’ont même pas compris qu’en utilisant ce simple mot ils montraient leur vrai visage.

 «  Je pense à mes études de médecine, elles sont pratiquement finies. Je suis en train de prendre un retard considérable. Même sorti d’ici, je ne pourrais retourner en Fac, l’année est terminée pour les étudiants algérois. Je ne suis pas le seul à me faire du souci. Il y a, dans la « carrée », un jeune de 20 ans, il prépare polytechnique. Mais pour ce concours aux exigences draconiennes, la limite d’âge est fixée irrévocablement à 22 ans. Ce copain va être mobilisé dans quelques jours comme moi, son sursis résilié. Pour lui, tout s’écroule.

« Ce même jour jeudi, arrivent au camp six inspecteurs de la D.S.T. Ils arrivent de Marseille pour nous « cuisiner ». Les premiers qui passent sont interrogés durant une heure, comme dans un film policier. Au bout d’une vingtaine d’interrogatoires, la durée de ceux-ci diminue. Une demi-heure, un quart d’heure, puis cinq minutes… Nous avons appris que ces policiers avaient été amenés subitement par avion pour interroger une centaine de « tueurs » notoires. Ils se sont bien vite aperçu qu’il n’en était rien et qu’on les avait trompés sur notre compte…

 « Les gars qui nous interrogeaient avaient l’air sympathique. Ils voyaient bien qu’on les avait dérangés pour des peccadilles. Ils avaient l’air vexé… J’avais envie de leur dire un tas de choses, à ces « représentants de l’ordre »…

« Par exemple que nous n’avons jamais reçu de visites de la Croix-Rouge. L’entrée du camp lui étant interdite…Que depuis l’arrivée de la force locale, nous nous barricadions les nuits dans nos baraques et que nous avions même envisagé un tour de garde par chambrée.

«  Que seuls nous parvenaient des victuailles et des vêtements envoyés par les habitants des villages voisins…  Que la seule façon de faire savoir à nos parents où nous étions était une liste qu’avait adressée le curé de Camp de Maréchal, qui nous rendait souvent visite et qui avait même dit une messe, le mardi, pour mes camarades de confession catholique.

« Que mon nom ne figurait pas sur cette liste (un oubli que personne n’a pu m’expliquer)1 et que m’a mère en a été très affectée. Que mon père, inquiet, avait téléphoné partout et qu’on lui avait répondu que seules étaient acceptées les communications officielles. Que le seul rempart entre la force locale et nous était le colonel, un capitaine, deux civils et un garde-mobile, seuls Européens, comme cadres, de notre camp…

 Nous étions seulement deux juifs dans le camp et j’ai compris plus tard que c’était la raison pour laquelle nous n’étions pas sur les listes du curé.

« Qu’un camarade de 19 ans avait été arrêté chez lui, alors qu’il sortait de sanatorium ( deux mois) et qu’il attendait d’être libéré pour y retourner…Qu’un autre détenu était devenu comme fou un soir, et qu’il avait voulu mettre le feu aux paillasses. Que j’avais maigri de quatre kilos… que partout les inscriptions FLN étaient restées gravées sur tous les murs.

«  Mais à quoi bon ? … 

«  Jeudi 17 mai, on nous apprend que certains vont être libérés. Mais les consignes de libération sont les suivantes : Nous serons laissés à la sortie du camp vers 17 h, si nous le désirons, nous pouvons être escortés jusqu’à la gare. Escorte de la force locale sans doute. Le colonel refuse que nous soyons libérés dans de telles conditions. C’est trop dangereux. Les collègues libérables passent donc une nouvelle nuit au camp… le curé du Sacré-Cœur alerte nos parents pour qu’ils viennent nous chercher au camp.

«  Nous sommes cette fois pris d’inquiétude pour eux. Les routes sont peu sûres avec tous ces enlèvements. Et puis nos parents vont se trouver nez à nez avec la force locale à l’entrée du camp, il peut y avoir des incidents.

«  J’écris à ma mère en lui demandant de ne pas venir, que je me débrouillerai bien et tous mes copains font de même. Vendredi pourtant toutes les familles des libérables sont à l’entrée du camp… le soir, nous ne sommes plus que huit dans la chambrée. Je ne dors presque pas… le colonel vient nous réconforter. Il m’annonce ma libération pour samedi après-midi. Enfin l’heure arrive.

«  On nous sort de notre petit camp. Nous voyons pour la première fois les barbelés derrière nous. La première fois depuis 10 jours. On nous rend nos papiers d’identité. Nous apercevons le long de la route, à 200 m, de l’entrée principale, une file de voitures.

«  Entre ces civils et la force locale à l’entrée, il existe un no man’s land. Un homme fait les cent pas au milieu. C’est le colonel. Il est là, en quelque sorte pour servir de tampon. Pour empêcher tout incident. Ils n’oseront pas tirer ainsi, pensons-nous. On attend en file indienne, barbus et sales. Une femme s’approche, la mère d’un copain encore interné. Elle passe un colis au colonel…

«  Tout à coup, j’aperçois ma mère qui s’avance. Elle essaie de m’apercevoir. Elle se détache du groupe. Un soldat s’avance : «  Tu dégages », lui dit-il en la menaçant de sa MAT 49.

«  Enfin je retrouve les miens. Ma mère pleure, elle a le visage défait par des nuits d’insomnie. Mon père, aussi, est là, les mâchoires serrées, les poings fermés. On s’embrasse. Tout le monde pleure autour de nous. On embarque vite quatre autres camarades dans la voiture et on file…vers Alger….

Deux jours plus tard, j’étais en France avec ma famille.

C'est avec émotion que j'ai retrouvé, par hasard, au fond d'une vieille boite en carton ce petit mot écrit par un proche de mon père, qui y dormait depuis près de cinquante ans. Pour sa mémoire, je le joins à mon témoignage.

Je pense qu’il  a été écrit le 14 mai 1962. Ne sachant pas où j'étais il frappait à toutes les portes, avec bien entendu une inquiétude extrême, vu tous les enlèvements qu'il y avait alors, à cette époque dans toute la région

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Où est situé Camp du Maréchal ?
Camp du Maréchal, aujourd’hui nommé Tadmaït, est une ville à 83 Km à l’ouest d’Alger et 17km à l’ouest de Tizi-Ouzou (Chef lieu du département de Kabylie).

didier-nebot-carte-camp-du-marechal.jpg

La Kabylie est une région montagneuse Tout en bas de cette montagne, au nord, s’étend une plaine que traverse l’oued Sébaou et où se dresse Camp du Maréchal( Tadmaït)

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