Cent jours d'un FSE en force locale Algérienne en 1962

Les cent jours dans la 403 UFL de Jacques Macé "Guerre d’Algérie Magazine"

lien -- http://www.ina.fr/audio/PHD94017840   sur passation de pouvoirs de la Force Locale 21/04/1962

Audio a écouter de la 8 minutes a la 11 minutes, ce qu'on peut voir sur www.ina.fr/video/CAF90002960

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" Nous aimerions savoir, pour notre devoir de mémoire, si les informations

que nous avons obtenus en 2013 sur notre camarade de la Vienne,

(voir ci-dessous)  se serais pas passé ailleurs aussi  dans d'autres unitées,

dont nous n'avons aucune information précise a ce jour pour cette période?"

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Copie de documents officiels )

Rousseau Jean Claude (86)  libéré de ses obligations légales le 1-5-62  

Maintenu sous les drapeaux le 1-5-62

Muté à  la 470 UFL à compter 1-4-62     Porté disparu   depuis le  2-7-62

Muté  CAR     101          23- 8- 62

Pris en compte   CAR  101 a/c   le 1-9-62   D.M  N°17903/ES CA/CH/ (illisible) en  date du 23-8-62

Affecté   CAR  4 Bordeaux  a/c du  1-9-62                                                       

Rectificatif à l’OM N° 18903/23 CA CH /p en date du 23- 8-62 a l’affectation à la CAR 101

Affecté  CAR/1   a/compter  du 26 -9-62   A.M 9105  ( illisible)  du 26-9-62

Déclaré décédé le 2- 7-62   Par jugement rendu le  18-6-63 par le TGI de Poitiers

 Jeune soldat courageux et dynamique de la 470ème compagnie de la force locale stationnée

à Reibell  (Algérie)  Le 2 juillet son unité ayant été encerclée par des éléments rebelles,

a fait preuve d'abnégation et d'un mépris total du danger en refusant de se laisser désarmer.

A éte tué aucours du combat qui s'est engagé 

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Merci aussi, de me dire  si vous savez autre chose,  sur cette période transitoire de Mars 1962 à l'indépendance de l'Algérie 

 

Témoignage de Jacques Macé  dans  Guerre d’Algérie Magazine  N°6  Novembre-décembre 2002

 Historien et ex-sergent au 3ème bataillon de Zouaves 

Mes cent jours dans la Force locale  21  mars – 30 juin 1962 

Mes cent jours

Dès le début de la guerre d'Algérie, les zouaves, majoritairement composés d’appelés et de rappelés de Métropole ou des départements d’Algérie, sont affectés à la mission de maintien de l'ordre.

Ceux-ci démantèlent alors de nombreux réseaux du FLN et tentent d’assurer l'ordre et la sécurité en ville et dans le bled, jusqu’à la fin de la guerre et le départ des troupes françaises et leur dissolution en 1962.

Au cessez-le-feu du 19 mars 1962 marquant la fin de la guerre d'Algérie, les unités de zouaves en activité sont:

- le 8ème régiment de zouaves, qui forme une unité de la Force locale de l'ordre Algérienne, la 496°UFL-UFO, composé de 10% de militaires métropolitains et de 90 % de militaires musulmans à la Ferme Baujon et qui, pendant la période transitoire devait être au service de l'exécutif provisoire algérien, jusqu'à l'indépendance de l'Algérie,

- le 2ème régiment de zouaves, qui forme une unité de la Force locale de l'ordre Algérienne, la 501°UFL-UFO, composé de 10% de militaires métropolitains et de 90 % de militaires musulmans et qui, pendant la période transitoire devait être au service de l'exécutif provisoire algérien, jusqu'à l'indépendance de l'Algérie,

- le 3ème régiment de zouaves, qui forme une unité de la Force locale de l'ordre Algérienne, la 403°UFL-UFO, composée de 10% de militaires métropolitains et de 90 % de militaires musulmans, à la Cheffia et qui, pendant la période transitoire devaient être au service de l'exécutif provisoire algérien, jusqu'à l'indépendance de l'Algérie.

Ces unités forment, avec un total de 91 régiments, les 114 unités de la Force Locale prévues aux accords d'Evian ratifiés le 18 Mars 1962.

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Témoignage de Jacques Macé  dans  Guerre d’Algérie Magazine  N°6  Novembre-décembre 2002

  Publication malheureusement interrompue fin 2002 après......... ce n° 6 ?

Historien et ex-sergent au 3ème bataillon de Zouaves 

Mes cent jours dans la Force locale  21  mars – 30 juin 1962 

"Je viens de reconstituer la liste des FSE de la 403 et je te l’envoie pour publication. Cela peut faciliter des retrouvailles "

Les FSE de la 403e UFL

(ex- 3e compagnie du 3e Zouaves)

ETIENNE René, capitaine

PRADES Pierre, lieutenant (muté avant la fin)

MONGENOT Henri, sous-lieutenant, 60-2B ( muté avant la fin)

PIZEM Jean, aspirant, 61-1A

BEDOUET Rémy, adjudant comptable (en permission, remplacé par sgt Macé, appelé)

SCAILLET Georges, adjudant, engagé

PERNOT Michel, adjudant, engagé

JOUBAUD Yann, sergent-chef, engagé

ADREANI Marcel, sergent, engagé

BALAT Guy, sergent, 60-2A  (muté ou libéré avant la fin)

BAUDON Bernard, 2e classe, 60-2A

BRUNEL Max, 1e classe, 61-1A

CHARROYER Edouard, sergent, 60-1B

CORDIER André, 1e classe, 60-1B

CHARLEY Hermann, 2e classe, 60-2B

COVAREL Robert, 1e classe, rengagé volontaire

DESSAGNES Christian, 1e classe, 60-2B

DUVAL Jean-Claude, caporal, 61-1B, responsable de l’ordinaire

EL GHAMRAWY Helmy, caporal-chef, 60-2A, secrétaire

EDET Robert, 1e classe, 61-1A

FORESTIER Firmin, 1e classe, 60-1B

FAURY Pierre, 2e classe, 62-1A

GRANDGIRARD Maurice, caporal, 60-1C

GOUREAU Moïse, sergent, 60-2A

JOURDY Jean, caporal-chef, 60-1B

JORIOT Jean-Pierre, 2e classe, 61-1A

KOPCZYNSKI Louis,
caporal, 61-1B

LOISY Jean-Paul, 1e classe, 60-1B

LAGIRARDE Pierre, caporal-chef, 60-2A

MACE Jacques, sergent, 61-2B

MATKOWSKI Michel, caporal, 61-1C

MEDARD Jean-Paul, caporal, 61-1B,  cuisinier

MORESTIN Richard, 2e classe, 61-1C

PAGE Jean, 2e classe, 60-1B

RONNEAU Guy, caporal, 61-1A

REUILLER Michel, 1e classe, 61-1C

RAMEAU Jean-Claude, 2e classe, 62-1A

ROBIN Guy, 2e classe, 62-1A

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 (Copie) Guerre d'Algérie-Magazine  retrouvé  (par Internet le 16 juin 2012)  aux  EDITIONS GANDINI

 Témoignage de Jacques Macé   dans  Guerre d’Algérie Magazine  N°6  Novembre-décembre 2002 

Historien et ex-sergent au 3ème bataillon de Zouaves  

 Publication malheureusement interrompue fin 2002 après ce n° 6 ?

 Guerre d'Algérie-Magazine

 Mes cent jours dans la Force locale      21  mars – 30 juin 1962

 Par leur titre « De l’organisation des pouvoirs publics pendant la période transitoire »  (C’est à dire du cessez le feu au scrutin d’autodétermination), les accords d’Evian instituaient un Exécutif provisoire chargé « d’assurer la gestion des affaires publiques propres à l’Algérie……de maintenir l’ordre public. Il disposera, à cet effet, de services de police et d’une force de l’ordre placée sous son autorité » 

L’Exécutif provisoire fut présidé par Abderrahmane Farés. 

La force de l’ordre, dite locale et forte d’environ 50000 hommes, fut essentiellement constitué par le regroupement des militaires réguliers d’origine algérienne : appelés du contingent et engagés volontaires.

 Des forces supplétives (8500GMS, 4500 auxiliaires  de gendarmerie) furent également versées dans la force de l’ordre

Jacques Macé    Historien et ex-sergent au 3ème bataillon de Zouaves

 LES ZOUAVES

 On me dit souvent, avec amusement: «Ah.' Vous avez été Zouave?», ou pire: «Vous avez fait le Zouave en Algérie ?» et on me demande si j'ai porté le célèbre uniforme de pion confrère du Pont de l'Aima, avec sa chéchia, son spencer brodé et sa culotte bouffante de laine rouge (dans laquelle une certaine main se serait égarée). En fait, le bataillon ne possédait plus que quelques dizaines de tenues de tradition, arborées lors de solennelles prises d'armes. Nous portions l'uniforme habituel de (infanterie, à l'exception du béret, remplacé par un calot rouge à croissant or. 

 Au tout début de la conquête de l'Algérie, furent recrutés localement des bataillons de Zouaves, du nom de la tribu berbère des Zouaoua, tôt ralliée à l'armée française. Ils furent mis à rude épreuve durant la conquête du territoire algérien - la prise de Constantine en 1837 sous le commandement de Lamoricière. Par exemple*. 

 Par la suite, leurs régiments ne furent plus constitués que de soldats d"origine européenne (fronçais, mais aussi espagnols, italiens, maltais), leurs méthodes de combat leur valurent le surnom de «chacals». 

 Les Zouaves s'illustrèrent particulièrement durant fa guerre de Crimée, sous le commandement du général de Mac Manon. Le 3ème Zouaves adopta pour devise la célèbre formule de Mac Mahon à Malakoff: « J'y suis, j'y reste »**. 

En Algérie, des appelés irrévérencieux l'avaient transformée en: «J'y suis... par erreur, j'y reste... par force».

  On retrouve pendant un siècle les Zouaves sur tous les champs de bataille: Italie. Mexique, guerres de 1870-71. 1914-1918 et 1939-1945. Leurs exploits ont fait l'objet de récits épiques et de pittoresques gravures. Ils ont donné leur nom aux Zouaves pontificaux et même à des régiments de l’armée américaine, notamment lors de la guerre de Sécession.

 Durant la guerre d'Algérie, les bataillons de Zouaves retrouvèrent leur champ de bataille d'origine et présents dans les trois corps d'Armée, ils se signalèrent brillamment tout ou long du conflit La fin de la colonisation mit fin à (existence des Zouaves. Il n'existe plus d'unité de Zouaves dons l'armée française. J'ai été l'un des derniers, tel un Mohican.

     * Tous ceux qui aiment la ville de Constantine connaissent la place de la Brèche, brèche par laquelle les Zouaves s'engouffrèrent dans la citadelle

  .** Phrase qui ne fut sans doute pas prononcée sous cette forme, comme la plupart des formules « historiques »

 Témoignage                                 La force locale

 

La création de la Force locale s’effectua par la conversion d’unités de l’armée française, sous le commandement d’officiers français.

 Le 26 mars, un détachement  du 4ème régiment de tirailleurs algériens – déployés à Alger au titre de la force locale, a-t-on   un temps prétendu - se trouva en première ligne face aune manifestation des Européens de Bab-el-Oued : ce fut le massacre de la rue d’Isly, qui fit quarante six morts et deux cents blessés

                 Le non de Force locale  fut dé lors honni par la population pied noir, à Alger et à Oran notamment. Dans le bled la Force locale prit la relève des unités de secteur chargées du maintien de l’ordre

 Cent trente- deux ans, après la conquête de l’algérien, l’armée française comprenait dans ses rangs de nombreux sous-officiers musulmans (sergents, sergents-chefs, quelques adjudants) combattants de valeur, mais les sous-officiers ou caporaux algériens susceptibles d'assurer la logistique d'unités en campagne faisaient cruellement défaut.

  Des militaires métropolitains, engagés et appelés du contingent, furent donc maintenus dans les unités de la Force locale pour y assurer les f o n c t i o n s indispensables à la vie sur le terrain. Ce fut mon cas, dans les monts du Constantinois.

 En fait, l'Exécutif provisoire restait soumis au contrôle du haut-commissaire de la République, responsable de « la sécurité et du maintien de f ordre en dernier ressort »

                  Les unités de la Force locale ne coupèrent donc pas le cordon ombilical avec les régiments français dont elles étaient issues et leur rôle ne fut jamais bien défini ni bien compris, en pleine période d'exactions de l'OAS. Les ouvrages sur la Guerre d'Algérie n'y consacrent généralement que quelques lignes. Pourtant, ces cent jours dans la Force locale *3 constituent une phase importante de mon existence, dont je conserve le vif souvenir. Je remercie Guerre d'Algérie magazine de m'offrir la possi-bilité de faire partager cette expérience, en simple témoignage d'une aventure vécue

 Mes débuts d'appelé

      Titulaire de deux diplômes d'ingénieur, incorporé en septembre 1961, je ne fus pas admis aux EOR*4 car jugé de constitution trop fragile et fus classé "asthmatique". Après des classes au centre d'instruction du 60ème ré¬giment d'Infanterie a Lons- le Saunier, je fus affecté début janvier 1962 tu .V bataillon de Zouaves dans le Constantinois où, rapidement, je fus nommé caporal, puis sergent afin que l'Armée puisse utiliser mes capacités supposées. En effet, si le commandement du 3ème Zouaves se trouvait à Constantine, ses compagnies étaient dispersées de Bône à Souk-Ahras et Tébessa, chargées en particulier de l'ouverture matinale des voies ferrées et de l'escorte des trains. Les compagnies étaient autonomes et devaient gérer elles-mêmes leur logistique, leur effectif, leur solde, etc. Elles avaient donc besoin de gestionnaires compétents ou débrouillards. Je fus affecté dans ce but à la 3ème  compagnie du 3ème Zouaves.

 Cette compagnie, précédem¬ment en charge de la protection des voies ferrées du secteur de Souk-Ahras, venait d'être envoyée à Constantine pour assurer le maintien de l’ordre dans les rues de la ville, à l'approche de décisions politiques importantes. Je m'initiai aux méthodes administratives de l'Armée prés de l'adjudant comptable dont je dépendais et je fus chargé de la tenue des effectifs, de l'établissement de la solde, du paiement des indemnités de maintien de l'ordre, etc. L'effectif de la compagnie incluait une demi-douzaine d’ex-chasseurs parachutistes, qui contaient leur aventure. Leurs régiments avaient été envoyés de Bône et Philippeville en direction d'Alger pour soutenir le putsch d'avril 1961. Mais, en route, des appelés - instituteurs, étudiants, syndicalistes ouvriers et paysans- avaient entendu sur leurs transistors l'appel du général de Gaulle à s'opposer au quarteron de généraux factieux. Tenant des forums de discussion, désorganisant les convois et les transmissions, ils avaient obligé leurs officiers à faire demi-tour. Les plus actifs de ces acteurs de la "révolution des transistors" avaient été mutés dans diverses unités pour y terminer leur temps de service. Idéalisant leur action et faisant d'eux des victimes, la mesure avait eu l'effet inverse de celui attendu.

 Le capitaine E... . commandant la compagnie, était un fervent amateur de bridge. Il avait sous ordres un lieute¬nant et deux aspirants dont l'un ne bridgeait pas. Interrogé dés mon arrivée, j'avouai que je bridgeais et je fus appelé a faire "le quatrième", bénéficiant ainsi d'une position privilégiée pour suivre les événements. Car nous allions bientôt avoir d'autres cartes à jouer.

 Création de la Force locale

Le 19 mars 1962 arriva. Toute la journée du 18, l'atmosphère fut tendue dans les rues de Constantine. Le soir, nous avons distribué aux patrouilles nocturnes des paquets d'une affiche à coller sur les murs de la ville: elle représentait deux enfants, l'un au teint clair, l'autre de type maghrébin, se tenant par le cou avec la légende « 19 mars 1962 - Pour nos enfants,  la paix en Algérie». Des centaines d'exemplaires sont passés entre mes mains et je n'ai pas pensé a en conserver un seul; je m'en veux encore.

 Le 21 mars, nous apprenions que la 3ème compagnie du 3ème Zouaves avait été choisie pour constituer le support administratif et logistique d'une unité de Force locale et prenait le nom de 403 UFL*5

 Le capitaine E.. en charge de l'opération, conserva les officiers et sous-officiers chefs de section. ainsi, que la vingtaine d'appelés FSE *6 constituant la section de commandement et de services: administration, radio, fourriers, infirmier, cuisiniers, chauffeurs, etc., tandis que les autres appelés FSE étaient mutés dans différentes compagnies. Tous les Algériens servant dans les différentes compagnies du 3ème Zouaves, soit comme engagés soit comme appelés FSNA *7 furent affectés à notre unité. Ils furent bientôt rejoints par des Algériens en provenance d'autres régiments du Constantinois, lesquels avaient reçu l'ordre de transférer leurs effectifs FSNA à la 403 UFL.

Chargé de tenir les tableaux d'effectif (sans ordinateur!), je ne manquais pas de travail: en trois semaines, plus de quatre cents Algériens furent affectés à la 403 UFL et, du fait des libérations d'appelés et des désertions, près de trois cents y demeurèrent jusqu'au bout. Début avril, la 403 UFL, rassemblée à Ouled Rahmoun - important nœud ferroviaire au sud de Constantine - était transféré en plein bled, à la Cheffia à une quarantaine de kilomètres au sud de Bône. Sa mission - nous allions l'apprendre progressivement - était triple: - protéger le chantier d'un important barrage hydraulique, en construction dans le cadre du Plan de Constantine;

 - assurer la sécurité d'un regroupement de population situé près de notre camp;

- ouvrir le barrage de la frontière tunisienne (la Ligne Morice) pour permettre l'entrée en Algérie des unités de l'ALN stationnées de l'autre coté de la frontière.

 Dans la situation délicate où nous nous trouvions, engagés sous contrat et appelés FSE associés en cette aventure, nous allions rapidement constituer un petit groupe très soudé et vivre une expérience extrêmement enrichissante. Quarante ans plus tard, il m'arrive encore d'y penser avec émotion. L'histoire s'intéresse surtout aux drames et Dieu sait s'il y en eut à Alger et à Oran en ce printemps 1962! Au fond de notre Constantinois, la situation, bien que tendue, fut moins tragique et une succession de scènes remonte à ma mémoire.

Mon quotidien à La Cheffia   

    La mission     

Dans cette nouvelle implantation, je devins un peu l’homme a tout faire du capitaine (enregistrement et diffusion du courrier, des notes de service, tenue des effectifs, solde, etc.) car l'adjudant dont je dépendais, peu satisfait d'être entraîné dans cette affaire, avait utilisé son droit à une longue permission. Les Européens reçurent instruction de sélectionner parmi les Algériens, des hommes capables d'être formés aux fonctions qu'ils assumaient et de prendre leur relève. Pour montrer que nous n étions la qu'en transition, nous ne portions pas d'arme ni ne prenions de garde. Je considère aujour-d'hui avoir été ainsi l'un des premiers à faire de la coopération militaire en Algérie. Je me retrouvai donc avec deux assistants kabyles, pleins de bonne volonté, mais avant à peine le niveau du certificat d'études et auxquels je dus apprendre à présenter et classer le courrier, à tenir les effectifs à faire la solde, etc..  Avec toute la rigueur de la réglementation militaire*8

 . Je désespérais un peu de parvenir au but avant l'échéance fatidique du 1er juillet *9.

 Pour éviter un drame toujours possible, le Corps d'Armée de Constantine mit en place près de nous, en protection, une demi- section (15 hommes) de la célèbre 13ème demi-brigade de La Légion Étrangère (13ème DBLE). Nous avons familiarisé avec eux et nous admirions leur professionnalisme. Si je dus devenir écrivain public - mettant en forme les lettres des légionnaires à leurs petites amies pieds-noirs ou leur expliquant les courriers de leur avocat concernant leur divorce-, je ne pouvais ensuite tenir leur cadence au bar !

 L'ordinaire        - Pour la nourriture, nous n'avions pas à nous plaindre. Dans le no man's land de La Ligne Morice le gibier (cerfs, sangliers et lièvres) avait pullulé. Les officiers prirent l'habitude d'aller le dimanche a la chasse en hélicoptère. Je me souviens encore du regard de jouissance de l'un de nos cuisiniers, boucher de profession, lorsqu'on lui apportait un cerf de quelques centaines de kilos à dépouiller ! Jamais je n'ai mangé autant de gibier et, aujourd'hui lorsque cela m'arrive, je repense à La Cheffia. Après un premier incident, nous avons cependant refusé les sangliers par respect pour nos amis musulmans. Pour les autres produits, nous devions nous approvisionner auprès de l'intendance militaire de Bône ou des commerçants de la ville. Le nom de la Force locale n'y était pas en odeur de sainteté et mes camarades de la cuisine constataient que, lorsque le camion de la 403 UFL se présentait, les stocks étaient généralement épuisés. Heureusement, nous avions conservé les tampons au nom de la 3ème compagnie du 3ème Zouaves et nous les avons réutilisés astucieusement sur les bons de commandes, surcharges UFL ensuite. Les livraisons reprirent comme par enchantement.

 La population    -      Le lotissement situe a coté de notre camp regroupait des populations qui avaient été déplacées lors de la mise en place de la Ligne Morice. Le moins que l'on puisse dire est qu'une grande misère y régnait.    Notre infirmier appelé qui n'avait subi que quelques semaines de formation - fût autorisé à y donner des soins et, d'ailleurs, se débrouillait plutôt mieux que les infirmiers de l'ambulance du Croissant Rouge qui passait dans le village. En revanche, ces "infirmiers" semblaient particulièrement formés à tenir des discours à la popu¬lation. Il est vrai que le scrutin d'autodétermination, même si on évitait de l'évoquer directement, occupait tous les esprits. Vite, nous avons observé des prises de contact entre nos sous-officiers musulmans engages, certains appelés algériens - en particulier nos assistants!-, les responsables du village et les gens du Croissant Rouge...

  Un drôle d'air -     En dehors des missions de protection qui leur étaient confiées, les chefs de section occupaient leurs hommes par des exercices et des marches. Pour maintenir La cadence, ils tentaient de leur apprendre, sans grand succès, des chants militaires. Un jour, une section rentra au camp en chantant avec ardeur en arabe. L'aspirant qui la commandait en était tout  fier. Nous étions cependant quelques-uns à écouter la radio et à nous tenir informés des événements. Le dialogue suivant s'engagea:

 - Vous avez entendu comme ils chantent bien mes gars quand ils veulent ?

 - Ce sont eux qui vous ont propose cet air, mon lieutenant ?

 - Affirmatif.

 - Vous savez ce que c’est ?

 - Non. Mais ils mont  dit que c'était un chant très connu.

 - C'est l’hymne du FLN futur hymne national de la République algérienne:

  Chaque fois que, lors d'une visite de chef d'Etat, j entends l'hymne algérien, je repense à Ia Cheffia.

  Un dilemme difficile  -Pour certains, l'avenir était plein de ténèbres. Un lieutenant   d'origine algérienne, formé   a  l'École militaire inter Armes de Coêtquidan, avait été nommé adjoint du capitaine. Quelques échanges avec lui m'avaient montré sa grande culture et sa parfaite intégration. Il avait la possibi¬lité de demander sa mutation en France avant   fin juin mais cette décision signifiait sa rupture définitive avec son pays natal. Il était partagé entre cette solution et celle de parier sur l'application honnête des accords d'Évian qui lui garantissaient son intégration dans la future armée algérienne. Il hésitait et, à travers la mince cloison qui séparait mon bureau de celui du capitaine, j'entendais leurs longues discussions...

                 Pour ma part, j'avais tous les 15 jours la possibilité de replonger dans l'atmosphère de Constantine. je devais en effet verser, en argent liquide, la maigre solde des soldats mais aussi les indemnités plus conséquentes de maintien de l'ordre et de séparation familiale des engagés.   En  raison de notre effectif,  ces indemnités représentaient plusieurs milliers de francs (nouveaux) à retirer à la Banque d'Algérie. Pour cette opération, je me faisais accompagner d'une escorte armée, car je devais également retirer à l'intendance une marchandise précieuse et convoitée, les fameux cartons des cigarettes attribuées à tous les militaires. Je profitais aussi de ces sorties pour acheter, discrètement. L'Express de Jean-Jacques Servan-Schreiber, Françoise Giroud et François Mauriac ou, sacrilège. Le Canard enchaîné. 

Le faux départ     Nous manquâmes certainement de peu d'être mêlés aux tragiques événements d'Alger. Un après-midi - dont je n'ai pas noté la date-, nous reçûmes l'ordre de démonter notre camp, de mettre nos équipements en caisse et de partir en camions à Constantine pour embaquer en train a destination d'Alger. C'était au moment de l'une des plus fortes offensives de l'OAS et l'État Major avait décidé de nous jeter dans le chaudron algérois. Le contre-ordre arriva au petit matin, quelques minutes avant les premiers départs. Jusqu'à la fin, nous allions rester à La Cheffia.

 Les désertions  -  Des décisions politiques eurent pour effet de diminuer nos effectifs. Alors que le service militaire était alors de 27 mois, nous reçûmes en mai l’instruction de libérer les appelés FSNA ayant effectué 24 mois de service. Il fut également décidé d'accorder des permissions a tous les engagés FSNA qui le souhai¬taient. Certains, ne sachant comment   ils seraient accueillis dans leur village, refusèrent,  mais beaucoup profitèrent de cette possibilité. La plupart d'entre eux ne rejoignirent pas à l'issue de leur permission - préférant sans doute attendre chez eux la suite des événements -et furent considérés comme déserteurs.  Il y eut aussi quelques désertions directes. L'établissement des dossiers de désertion, tache complexe et fastidieuse, m'occupa de longues heures. Le délai légal écoulé, il  convenait d'inventorier le paquetage du déserteur pour déterminer les uniformes et équipements manquants et calculer le montant du « préjudice causé à l’Etat ».

                  Magnifique occasion pour le fourrier qui effectuait cet inventaire avec moi de remettre a jour ses stocks. Bien qu'il y ait prescription, je ne m'étendrai pas davantage sur le sujet! 

 La fin de la Force locale          

 La dernière opération effectuée par la 403 UFL eut lieu dans la seconde quinzaine de juin 1962. Des coupures de la Ligne Morice avaient été effectuées, des routes remises en service entre l'Algérie et la Tunisie. Nos sections assurèrent le dégagement et la protection des voies tandis que défilaient sur des camions neufs et dans des tenues de combat rutilantes les unités de l’ALN stationnées en Tunisie et qui se précipitaient vers Alger. La fin n'était plus loin. Apres avoir préparé les listes électorales pour le référendum d'autodétermination du 1er juillet, les Européens, a l'exception des officiers et de quelques sous-officiers de carrière, reçurent l'ordre de se replier à Bône jusqu'au résultat du vote. Nous passâmes précipitamment les consignes à nos assistants, leur souhaitâmes bonne chance, et le samedi 30 juin quittâmes La Cheffia.

                  Hébergés à la compagnie de Zouaves de Bône, nous sommes restés cloîtrés les jours suivants pendant que la foule célébrait bruyamment le résultat du vote. Nous n'apprîmes qu'indirectement ce qui s'était passé à La Cheffia.

                  Le 5 juillet, au lendemain  de l'Indépendance, une unité de l'ALN avait encerclé le camp. Les contacts turent froids mais corrects. Les officiers français se retirèrent sous la protection de la Légion.

  Les appelés algériens furent libérés et renvoyés dans leurs foyers. En ce qui concerne les engagés, sans doute y eut-il quelques règlements de compte... Une partie d'entre eux fut affectée aux travaux de déminage de la Ligne Morice et je doute que beaucoup en soient revenus. Mais certains, qui avaient sans doute préparé leur conversion de longue date, furent incorporés dans l'armée nationale ou l'administration algérienne. J'appris quelques mois plus tard que l'un de nos anciens sergents-chefs était commissaire de police à Bône.....Ainsi va le monde

 Je n’en avais pas fini avec la Force locale. En effet la plupart des appelés FSNA étaient soutiens de famille et leurs proches bénéficiaient d’allocations accordées par les municipalités -ce qui incitait les jeunes gens à faire leur service militaire plutôt qu’à prendre le maquis. Les dossiers du personnel avaient été laissés à La Cheffia. Je fus chargé de les reconstituer à partir des archives disponibles a Constantine et d'écrire aux maires concernés que les attributaires avaient été libérés plus tôt que prévu.

 Ce travail, dans lequel je ne fis pas preuve d'une énergie débordante, m'occupa l'été 1962, me laissant le temps de suivre le» événements (d'Oran au Petit-Clamart). En octobre, dans le cadre des réductions d'effectifs de l'armée française, les bataillons de Zouaves furent dissous. Je participai aux opérations de liquidation du 3ème  Zouaves (mutation des effectifs, destruction ou reversement des matériels et équipements), jusqu'à l'embarquement pour Mourmelon de l'échelon liquidateur, mettant fin à cent trente-deux ans d'histoire.

 Versé dans une autre unité pour une fin de service beaucoup plus banale, je fus libéré en février 1963, avec le contingent 61-2B, le premier à n'effectuer que dix-huit mois de service.

  Dans les années 1970. Je formulai le projet de partir en vacances dans le Constantinois, puis je le reportai à plus tard. Les événements l'ont rendu impossible. Aujourd'hui, j'ai 65 ans. Ai-je une chance de pouvoir un jour, retourner  La  Cheffia ? ■

  *2) l’ouverture des archives en 1992 a permis d’éclairer l’affaire.  Le 26 mars 1962 la Force locale était en phase   de constitution. Les tirailleurs, s’ils avaient vocation à devenir Force locale ne l’étaient pas encore

 *3) l’exécutif provisoire et la force locale ont duré cent jours, comme le retour au pouvoir de Napoléon 1er en 1815. Curieusement, aux mêmes dates du 20 mars à fin juin

 *4) Peloton de formation, des élèves-officiers de réserve.

 *5) Le chiffre 3 indiquait le rattachement au 3ème Corps d'Armée, celui de Constantine, suivi d’ un   numéro d'ordre.

 *6) Français de souche européenne.

 *7) Français de souche nord-africaine.

 *8) Nous ne l’avions pas fait exprés mais nous nous aperçûmes après coup que nous avions presque  tous choisi des assistants kabyles.

 *9) On nous demandait de faire en trois mois, ce qui n'avait pu l’être en cent trente ans

Ex-sergent appelé à la 403e UFL  (classe 1957, mais sursitaire incorporé avec la 61-2B)

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Copie extraite d'un message....... J’ai retrouvé un petit carnet avec les noms et prénoms de tous les FSE de la 403 : par internet, je devrais pouvoir en retrouver !

 Quand nous serons nombreux ?, on pourrait organiser un rassemblement

Que ceux qui se reconnaissent fassent un petit effort pour témoigner

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Message de Jacques Macé que je remercie infiniment. Y.P.

 RETROUVAILLES, cinquante ans après

 Ahmed Djellal, aujourd’hui professeur de chimie à l’Université d’Annaba (Bône), avait 7 ans en 1962 et vivait dans le village de Cheffia (Constantinois), près duquel fut implantée la 403e UFL (ex-3e compagnie du 3e Zouaves). La 403 était chargée de la protection du chantier d’un très important barrage hydroélectrique en construction. Ahmed s’intéresse à l’histoire de la région et se souvient très bien  de la présence des militaires, de  son école assurée par des appelés instituteurs, du vote du 1er juillet 1962, puis de l’inauguration du Barrage de La Cheffia en 1964 par le président Ben Bella.

Ahmed et moi nous sommes rencontrés récemment à Paris et avons pu évoquer et comparer nos souvenirs de cet épisode commun de l’histoire de nos deux pays.  La région de La Cheffia a été profondément transformée puisque le barrage a donné lieu à la création d’un immense lac artificiel. Nous avons tenu à reconstituer l’image de l’affiche apposée sur les murs des villes d’Algérie le 19 mars 1962, annonçant le cessez-le-feu : deux enfants, l’un européen, l’autre maghrébin, avec la légende ‘‘ Pour nos enfants, la Paix en Algérie’’. 

pour-nos-enfants.png

 148.jpg

Jacques Macé  -   Ahmed  Djellal       23 septembre 2013

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Ci- dessous, des photos de l'infirmier FSE de la 403 UFL,  que nous devons remercier pour ce souvenir mis en boite, de cette Période Transitoire que nous avons vècue, dans les forces locales Algériennes aprés le 19 Mars 1962 en Algérie, nous, les " Oubliés de la République"

"<< c'est joriot  pas loriot ! je suis quand même un drôle d'oiseau !   ce matin j'ai reçu un courriel de Ronneau  on est pas très éloignés,  a bientôt et un grand merci pour ton initiative
cordialement >>>

l-infirmier-loriot.jpgLa "solitude" d'un militaire en 1962

l-infirmier-avec-les-enfants-du-village.jpg

Un militaire FSE avec des enfants d'un village en 1962

revue-de-paquetage-de-la-403-ufl.jpg

 

le-drapeau-algerien-avec-le-nid-de-cigogne.jpg

un-defile-de-la-population-apres-le-19-mars-1962.jpg

 

 reconnaissance-recue-par-nos-camarades-de-la-446-ufl-2-1.jpg

Merci a Bernard Landry pour ce document du 13 RA de l'armée 14 juillet 1962

 

Merci pour la visite de mon site   Yvon Priou

Commentaires (4)

1. Macé Jacques (site web) 19/10/2013

Parmi les appelés de la 403e UFL ont été retrouvés Robert Edet, Moise Goureau, Jean-Pierre Joliot, Jacques Macé, Guy Ronneau.
J'ai la liste complète. Vous pouvez me la demander sur : jacqmace@wanadoo.fr

Ce doit être Joriot au lieu de Joliot (yvon Priou)

2. Un ancien militaire métropolitain de la Force Locale 07/10/2013

Par un message recu d'un ancien, nous savons que les noms et les prénoms de tous les FSE de la 403 étaient sur une liste sur un carnet.
Je pense que dans toutes les unités de la force locales mises sur pied au 15 avril 1962 cette liste a été constitueé?
Avec celles-ci, peut-être retrouverions-nous tous les disparus "morts pour la France " dans la Force Locale Algérienne"

3. joriot jean pierre 29/09/2013

[]Bonjour a tous

j'aimerais entrer en contact avec les anciens de la CHEFFIA
j'étais leur infirmier ! ! !

4. RONNEAU Guy 27/09/2013

Je suis resté très peu de temps à la Cheffia où je faisais fonction de sergent fourrier en étant tout juste caporal. A Constantine, j'étais chauffeur de draisIne, puis affecté au mantien de l'ordre à la ferme du kaîd. J'ai été instructeur à mon retour de perm à Ramoun avant de finir au 15-1 et de prendre le Sidi Bel Abbès à Bone le 7-1-1962 en même temps que le drapeau des Zouaves. Je serais ravi de t'entendre au téléphone avant mieux. Yvon Priou a trouvé mes coordonnées téléphoniques. A bientôt. Un "zouave" heureux d'en retrouver un autre

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Date de dernière mise à jour : 09/05/2017

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