Force de police auxiliaire (guerre d'Algérie)

Force de police auxiliaire (Guerre d'Algérie) Harkis de Paris

Bonne Lecture,  et, Merci de me dire par un petit mot en fin de page, si vous avez  appris des choses sur cette période de Guerre d'Algérie

lien -- http://www.ina.fr/audio/PHD94017840   sur passation de pouvoirs de la Force Locale 21/04/1962

Audio a écouter de la 8 minutes a la 11 minutes, ce qu'on peut voir sur www.ina.fr/video/CAF90002960

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Nouvel article  sur le  17octobre 1961

Au cours de cet épisode sanglant, des Algériens des Forces auxiliaires de police (FAP) massacrent et torturent avec zèle les manifestants.

Ces harkis des FAP sont qualifiés de « faux frères » selon la journaliste Paulette Péju, qui, indignée par ces crimes, s'est employée, dans deux ouvrages, Harkis à Paris et Ratonnade à Paris, censurés par les autorités de l'époque, à consigner les plaintes des victimes et à reproduire des articles de presse pour rendre compte de l'ampleur de la répression.

Constitué essentiellement de témoignages et de documents fournis par un collectif d'avocats, Harkis à Paris explique le mode opératoire de ces forces de police auxiliaires qui ont eu méthodiquement recours aux assassinats, à la torture et aux enlèvements.

 Capture   Article du 17 Octobre 2016 sur Site de Michel Dandelot

 

Harkis de paris

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 (Copie  extraite de la page 83  du livre)     «  La  guerre d’Algérie »

 Editions Librio et le Monde 2003   (Anne Tristan  21/10/1991)   Diffusion France et Etranger : Flammarion

 «  A la tête de la préfecture de police parisienne depuis mars 1958, Maurice Papon applique à Paris les méthodes de l’armée en Algérie. Il a instauré dans les banlieues des répliques des SAS, ces unités militaires prétendument chargées de protéger les populations.

Il a installé les harkis dans la capitale.          Débarqués d’Algérie, ces « volontaires » interpellent et torturent pour le compte de la police française

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L'Espace Parisien Histoire et Mémoire de la Guerre d'Algérie

Public : Pourriez-vous nous parler des harkis de Paris ?         

Emmanuel Blanchard : Pour information, ceux que l’on appelle de façon impropre les harkis ne se sont pas tous installés dans le Sud de la France, n’ont pas tous été enfermés dans des camps ou des villages forestiers. Un certain nombre d’entre eux, qu’ils soient militaires ou anciens fonctionnaires de l’administration française, sont pris en charge en région parisienne par les unités de police qui surveillaient et encadraient les Algériens pendant la Guerre d’Algérie, et qui vont faire en sorte que ces anciens auxiliaires de l’administration ou de l’armée française puissent trouver un logement, un emploi. C’est une histoire qui est très mal connue, mais que Yann Scioldo-Zürcher a très bien analysé dans son livre Devenir Métropolitain.

Les harkis de Paris constituaient une force auxiliaire créée par le préfet de Police, Maurice Papon, à la fin de 1959, force rattachée plus ou moins au premier Ministre. C’était une unité militaro-policière qui recrutait parmi les Algériens d’Algérie et aussi quelques Algériens de métropole – très minoritaires pour essayer d’acclimater en région parisienne un certain nombre de méthodes qui tiennent à la fois du renseignement et de l’action sociale pour combattre le FLN en région parisienne.

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Copie du Site   Wikipédia

Force de police auxiliaire (guerre d'Algérie) 

Force de police auxiliaire

Stèle des 20 membres de la FPA tués en opération (carré militaire du cimetière parisien de Thiais)

Raymond Montaner, était né le  à Boufarik et il est  mort le  à Villefranche-d'Albigeois, était un lieutenant-colonel français, ancien commandant de la Force de police auxiliaire pendant la guerre d’Algérie, de 1959 à 1962.

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Un témoignage écrit,  prit sur le Web, Harkis de Dordogne

6 avril 2015

Cela vous a peut-être échappé

Un homme d’Honneur nous a quitté.

            MONTANER Raymond Joseph  (19.10.1921-07.01.2015) né à Boufarik (Algérie française), mort à Villefranche d’Albigeois (Tarn). 

Ses obsèques ont eu lieu le 12.01.2015 à l’église de Villefranche d’Albigeois puis, suivie, selon sa volonté de la crémation et du dépôt des cendres dans le caveau de famille.

            -Etudes au lycée de Blida. Engagé volontaire à 18 ans, dès 1939, pour la durée de la guerre. Membre des «FFL». Campagnes d'AFN, d'Italie, débarquement de Provence puis en Allemagne, trois séjours en Indochine et puis la guerre d'Algérie. Capitaine de spahis en Algérie. En 1955-1956, il commande la «SAS» de Khemis, puis la «SAU» au Clos Salembier à Alger, en 1957-1958. Il participera avec un courage remarquable à toutes les actions de guerre dont le but était de défendre et protéger la France.

En 1959, dans un rapport à Michel Debré, il traite de l'opportunité d'implanter en France une unité incorporant des volontaires musulmans, avec trois objectifs: 1. Combattre le «FLN». 2. Montrer que des jeunes français musulmans sont prêts à s'engager contre le «FLN». 3. Qu'il était possible ainsi de former de jeunes cadres pour une Algérie nouvelle.

            Venant d’Algérie, il débarquera à Marseille avec les 82 premiers harkis qu’il a sélectionnés ; il avait prévenu : «Je donne le droit à chacun de vous de me quitter. Si, au bout de 30 jours, à partir du moment où je vous parle, vous désirez retourner en Algérie, vous serez rapatriés par avion…Vous êtes croyants. Je le suis aussi. Alors, c’est devant Dieu que je vous fais ce serment.. ». Au bout d’un mois, Raymond Montanerremarquera : «Personne ne m’a quitté.». Devant la recrudescence des attentats en France, le gouvernement du Premier ministre, Michel Debré, renforce les moyens d’action. Le colonel Terce présentera R. Montaner au préfet de police de Paris, Maurice Papon. Responsable de la «FPA» à Nanterre, créée le 18.11.1959 à Paris –officialisée le 01.12.1959- et dépendant de la préfecture de police, avec sous ses ordres les lieutenantsLoïc Le Bechu de Champsavin et de Pierre de Buxeuil de Roujoux, bras droit de R. Montaner.

Des groupes organisés en 3 compagnies de 100 hommes, ont leur base au fort de Noisy à Romainville (Seine-Saint-Denis). Après une période d’instruction, la 1ère compagnie est opérationnelle à partir de mars 1960, la 2ème en avril 1960 et la 3ème en janvier 1961. Pour les 350 hommes de la «FPA», la « bataille de Paris » a commencé ; elle s’achèvera, à la fin de 1961, par une défaite totale du «FLN». Par la suite, ces groupes seront implantés dans des agglomérations à forte présence musulmane, afin de protéger cette population contre les exactions du «FLN», maître du jeu dans la plupart des quartiers et des banlieues qu’il «tenait», de s’opposer aux collectes de fonds, de désarmer ses militants et de neutraliser les filières d’approvisionnement.

L’effectif total ne dépassera pas 400 hommes dont 304 seront intégrés dans la police en 1963 par le préfet M. Papon, sur les conseils du capitaine Montaner et de ses adjoints. Le colonel Terce dirigera l’état-major. Le lieutenant de Buxeuil de Roujoux, bras droit de Montaner, s’occupe de l’instruction, le commandant Roger Cunibile de l’administration, le commandant Bedinger du personnel et, le commandant Filleau des affaires politiques.

Par ailleurs, le capitaine Montaner consacrera toute son énergie et mobilisera ses relations pour faire venir en métropole les familles et les proches de ses hommes de la «FPA». Les Anciens de cette «FPA» créeront l’Association des Anciens de la Force de police auxiliaire «AAFPA», laquelle obtiendra le Prix Clara Lanzi (1), le 19.06.2014, et qui sera remis à leur président, Ahmed Goudjil ; ce jour-là, invité mais empêché, R. Montaner adressera cette lettre au président du «Secours de France» (2) : «J’ai bien connu Clara Lanzi alors que j’étais officier dans le secteur de Nanterre ; elle déployait une activité admirable auprès des gens spécialement défavorisés et m’a également très généreusement aidé à rapatrier des membres des familles de mes hommes, contraints de se réfugier en France en 1962…Je vous remercie très sincèrement d’un témoignage qui honore particulièrement la «FPA» et contribue à garder la fierté de notre combat…».

Dans « Le Monde » du 13.12.2007, Bertrand Legendre souligne : «La «Bataille de Paris» ne fut pas la «Bataille d’Alger». Montaner n’est pasMassu. Contrairement à ceux d’Algérie, les «Harkis» de Paris ne furent pas non plus abandonnés à leur sort.».  

Colonel. Titulaires de 11 citations. Directeur de société en fourniture et pose d'éoliennes. Officier de la Légion d’honneur le 31.12.1960 (Légifrance). Par décret du 11.05.2009 (JORF n° 0110 du 13.05.2009), lieutenant-colonel de l’armée blindée et cavalerie, il est fait Commandeur de la Légion d’honneur. Le 11.11.2009, à Castres, R. Montaner reçoit les insignes de Commandeur de la Légion d’honneur des mains du général de Corps d’armée (2S), François Cann, en présence des troupes du 8ème RPIMa, du maire M. Chazottes. Croix de guerre 1939-1945. Croix des TOE. Croix de la Valeur militaire. Médaille militaire. Médaille d’Honneur de la police française.

Source:

DELENCLOS Michel – Chercheur en histoire. Biographe.

«Aucun regard, aucun écrit, aucun document n’est définitif

sur l’Histoire».

(1)  Lanzi Clara (13.09.1915—22.10.1986) née à Ajaccio, décédée à Paris, inhumée au cimetière de Père Lachaise. Fondatrice du «Secours deFrance», le 15.08.1961.

La Force de police auxiliaire (FPA), plus communément appelée les « Harkis de Paris » à l'époque de leur activité1, créée le 1er décembre 1959, était une unité de police formée de supplétifs algériens musulmans pour lutter en France métropolitaine contre la Fédération de France du F.L.N. qui pendant la guerre d'Algérie effectuait des attaques et attentats sur son sol. Elle fut dissoute le 30 juin 1962.

Sommaire

Structure de commandement

Le préfet de police de Paris ratifie le 23 août 1958 l'arrêté de création du Service de coordination des affaires algériennes (SCAA). Sous la direction du cabinet du préfet, le SCAA coordonne à partir de cette date l'action des services - existants et nouveaux -spécialisés dans la lutte contre le nationalisme algérien. Outre le SAT-FMA et la section de renseignement, le SCAA supervise les opérations d'unités actives : la BAV et ses deux sections (enquêtes et voie publique), la 8e brigade territoriale (8e BT), unité territoriale de police judiciaire, les équipes spéciales de district (composée d'éléments en civil chargés de la surveillance des milieux musulmans), et à partir du 1er décembre 1959, la Force de police auxiliaire (FPA), appelée également Force auxiliaire de police (FAP).

Création

La création de la FPA semble avoir été inspiré par l'utilisation massive des supplétifs algériens Harkis lors de la mise en place du plan Challe2.

Le 30 novembre 1959, alors que Maurice Papon est préfet de police de Paris, le premier ministre Michel Debré décide de constituer une Force de police auxiliaire (FPA) composée de musulmans algériens volontaires qui sera commandée par le capitaine Raymond Montaner, un Pied-Noir né à Boufarik3,4.

La FPA qui devient opérationnelle à partir de mars 1960 dépend directement du premier ministre qui la met à disposition de la préfecture de police de Paris pour les problèmes opérationnels5. Elle est formée à la caserne du fort de Romainville où se trouve également la branche action du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, et où se trouve son commandement, elle est dispersée dans les quartiers à forte implantation musulmane de Paris, dans six hôtels connus pour leur appartenance au FLN qui sont frappés d'une mesure de fermeture administrative5.

Organisation

L'unité commandée par le capitaine Montaner, assisté des lieutenants Pierre de Buxeuil de Roujoux et Loïc Le Beschu de Champsavin, a compté de 250 et 400 hommes répartis en 3 compagnies 6 :

Les compagnies étaient articulées en huit sections d’une vingtaine de policiers, commandées par des chefs algériens.

Mission

La mission assignée à la FPA comportait trois objectifs7 :

  • protéger la population musulmane des exactions du      FLN, lui redonner confiance et la rapprocher de l'administration      dont elle était coupée;
  • contrecarrer la collecte des fonds qui procurait      au FLN les moyens d'exister et de poursuivre son action en France et en      Algérie;
  • désarmer le FLN et neutraliser ses filières      d'approvisionnement.

Méthodes

Outre le personnel en tenue de policier, de nombreux soldats sont chargés d'infiltrer le FLN et la plupart de leurs succès sont dus à cette infiltration. Présente dans les zones de forte implantation du FLN, elle montre à l'ensemble de la population algérienne de Paris que la toute-puissance du FLN a des limites. Alors que la police judiciaire ne lance ses coups de filets qu'après un long travail d'enquête ayant permis de mettre au jour un réseau, la FPA exploite immédiatement les renseignements obtenus2, procède à l'interpellation des suspects et à leur interrogatoire en vue de remonter jusqu'à la tête du réseau. Les interrogatoires font usage de la torture comme l'a dénoncé dès 1961 Paulette Péju dans son livre " Les harkis à Paris"8. Les raisons de son efficacité sont multiples, mais la principale est structurelle : la police supplétive est la concentration, en une seule formation, de la presque totalité des procédés opérationnels de son service de tutelle. Elle regroupe à elle seule les trois volets de la stratégie ternaire. Outil de renseignement et d'action psychologique, elle infiltre efficacement les réseaux du FLN et organise des réunions de propagande dans les cafés arabes. Outil répressif, elle met sur pied des opérations de police dans la capitale (patrouilles et rafles). Outil de neutralisation, elle assure en outre le transfert des interpellés au centre d'internement de Vincennes, et veille, par l'intégration dans ses rangs, à la protection des individus menacés (souvent des anciens cadres du FLN ralliés ou des personnes ayant communiqué des renseignements). Également conçue comme une unité de lutte anti-terroriste et d'infiltration, la police auxiliaire voit ses pouvoirs légaux limités à ceux de la police municipale, ce qui, au lieu de lui ôter des prérogatives, lui confère au contraire une plus grande capacité opérationnelle, notamment en matière de contrôle dans les lieux publics. Néanmoins, cette unité est conçue pour opérer en toute légalité dans le cadre du SCAA (Service de coordination des affaires algériennes). En effet, l'exploitation des renseignements réunis par la police auxiliaire nécessite obligatoirement une validation judiciaire ce qui explique la participation conjointe de la BAV (Brigade des agressions et violences) ou de la 8e BT (Brigade territoriale) lors des perquisitions5.

Les FPA obtiennent des succès rapides : dès le 21 mars 1960, trois membres du FLN sont arrêtés. Pendant la nuit du 23 au 24 mars, des descentes dans les hôtels et meublés de l'arrondissement, conduites en collaboration avec la BAV, permettent grâce aux indications fournies par un cadre frontiste, l'interpellation de six membres de l'OPA (Organisation politico-militaire du FLN) et la saisie de documents importants5. Ces rafles obligent les cadres de l'organisation à quitter l'arrondissement. Bénéficiant de l'effet de surprise et d'informations préalables, le capitaine Montaner met immédiatement en place un réseau d'informateurs et donne une grande liberté d'action à chacun de ses chefs de sections pour obtenir un maximum de renseignements auprès des gérants d'hôtels5. L'objectif des FPA est de disloquer l'organisation du FLN en arrêtant les responsables et en empêchant le prélèvement des cotisations. Ils parviennent à rallier les Algériens menacés de mort par le FLN et à recruter des indicateurs parmi les commerçants9. La méthode utilisée par les hommes de Montaner est invariable : occupation d'hôtels habités par les travailleurs algériens, infiltration et recueil de renseignements, violences policières, tortures10,9. Dans les archives policières, Linda Amiri a retrouvé une plainte déposée par un Breton au teint mat, torturé pour qu'il avoue. Autrement dit, conclut Linda Amiri, toute personne au teint mat est soupçonnée de cotiser au FLN et susceptible de donner des informations9.

Les indicateurs sont majoritairement des commerçants et des gérants d'hôtels : sur une liste de 7 indicateurs, dont la profession a pu être clairement identifiée par les officiers de la Force de police auxiliaire, 4 sont gérants de cafés-hôtels, 1 est épicier et 2 travaillent dans le secteur secondaire. En un mois, la désorganisation, qui s'accélère à partir du 23 avril 1960, affecte les structures locales du FLN dans le XIIIe arrondissement. Les arrestations initiales, et les indications obtenues à leur suite, ont un effet accélérateur du démembrement, car la plupart des interpellations entraînent à leur tour des "dénonciations en chaîne". Dans la journée du 25 avril, trois sections de kasmas différentes ont été démantelées par l'exploitation de renseignements obtenus à la suite d'une arrestation unique. Le ralliement d'un chef de section a permis de localiser immédiatement, l'implantation de son unité et de connaître son chef de kasma, ainsi que ceux d'autres chefs de sections. Trois cadres subalternes du FLN se rallient et collaborent avec la police auxiliaire. Le chef de secteur du 14e arrondissement, sera intégré dans la FPA5.

Réaction du FLN

L'efficacité des FPA conduit rapidement le FLN à déclencher avec eux une guerre sans merci. Le poste de la Goutte d'Or est attaqué par deux groupes armés le jour même de son installation, le 20 novembre 1960, puis le 4 décembre. D'une façon générale, les postes et les cafés tenus par la FPA dans le XVIIIe arrondissement sont la cible de commandos qui y subissent de lourdes pertes, mais en provoquent également chez l'adversaire11.

La préfecture de police mettra en avant que pour contrer la FPA, le FLN a également recours, « à une campagne diffamatoire » dont le but serait d'émouvoir l'opinion publique et d'obtenir la dissolution de l'unité. Des informateurs du 6e secteur SAT (Service d'assistance technique) signalent l'ébauche d'une telle campagne. Ainsi, « Des responsables frontistes et des militants bien choisis du foyer de Vitry - 45, rue Rondenay - ont reçu les consignes de déclarer dans les cafés et lieux publics qu'ils ont subi des exactions, ont été spoliés d'un portefeuille, d'une montre […] et ont été l'objet de violences de la part de la "police algérienne" »5. À ce sujet, le colonel Pierre Le Goyet rapporte en 1989 une note que la Fédération de France du FLN aurait diffusé en septembre 1959 : «  Pour ceux de nos frères qui seront arrêtés, il convient de préciser l’attitude qu’ils devront adopter. Quelle que soit la façon dont le patriote algérien sera traité par la police, il devra en toute circonstance, quand il sera présenté devant le juge d’instruction dire qu’il a été battu et torturé… Il ne devra jamais hésiter à accuser la police de tortures et de coups. Ceci a une très grande influence sur le juge et les tribunaux.»12.

Regroupement à Romainville

L'efficacité de la FPA, conclut Jean-Paul Brunet, a eu pour contrepartie l'emploi de moyens illégaux et moralement condamnables comme les arrestations et détentions arbitraires et la pratique systématique de la torture10,11. Ces méthodes sont dénoncées dans la presse de gauche, et ce sont peut-être ces protestations, mais aussi l'ouverture des premiers pourparlers d'Évian entre le gouvernement français et le GPRA à la fin du mois de juin 1961, qui aboutisent au regroupement des compagnies de FPA au Fort de Noisy à Romainville. Toujours est-il que les négociateurs français d'Évian présentent le regroupement des FPA comme un geste de bonne volonté de la France, en échange duquel le FLN annoncera l'arrêt des attentats contre les policiers français11. Partisan de l'Algérie française et conseiller municipal de Paris, Bernard Lafay dénonce ce geste, alors que François Rouve, secrétaire du syndicat général de la police présente au conseil général de son syndicat le regroupement comme la réponse positive du gouvernement à l'une de leur revendication. Il précise même «  nous avons obtenu que les cars conduisant les supplétifs soient conduits par des chauffeurs auxiliaires supplétifs, et non par des chauffeurs de la police municipale. »11

Après une visite au fort de Noisy, Jean Viatte, Président de la Commission de vérification des mesures de sécurité publique, qui représente également Maurice Patin, président de la Commission de sauvegarde des Libertés et droits individuels, termine son rapport en ces termes : « Le regroupement des forces supplétives et leur casernement à Noisy-le-Sec semblent avoir mis fin à certains excès antérieurs… »11.

Regroupés au fort de Noisy, la FPA poursuit ses opérations offensives et participe à la répression de la manifestation du 17 octobre 1961.

Bilan

Le bilan en 1960 des harkis de la région parisienne se monte à 300 arrestations, dont 70 tueurs, 3 chefs de zone et 2 fusils mitrailleurs, 17 pistolets mitrailleurs, nombreux pistolets, fusils de guerre, bombes, grenades, explosifs saisis. De juin à novembre 1961, la FPA a mis hors de combat 500 responsables importants du FLN, dont un chef de wilaya, 2 chefs de super-zones, 5 chefs de zones, 191 membres des groupes armés et 35 membres de l'organisation spéciale. Elle a également récupéré 650 armes automatiques, 150 grenades défensives, 40 bombes et plusieurs dizaines de kilos d'explosif6.

La FPA a été particulièrement félicitée de son bilan en décembre 19616.

La FPA compte 27 tués au combat, 19 assassinés et 82 blessés. 20 d'entre eux reposent dans le carré militaire du cimetière parisien de Thiais. Leurs noms figurent sur les plaques commémoratives apposées dans la cour d'honneur de la Préfecture de police de Paris6. Raymond Montaner, ancien Commandant de la FPA écrit à propos de ses hommes13 : « Au soir de ma vie, souvent lorsque l'amertume et la colère laissent en définitive la place au chagrin, j'aime aller au cimetière de Thiais. Telle est ma repentance qui durera jusqu'à mon dernier souffle. »

Le 1er avril 1961, après une attaque frontiste, une centaine de Harkis se livrent à une série d'actes de violences et de destructions14. Les méthodes de la police et plus particulièrement des FPA en marge de la légalité sont à l'origine d'un différend opposant le garde des sceaux Edmond Michelet à Maurice Papon. Michel Debré donne raison à Papon et confirme que les Algériens peuvent être internés 15 jours avant que le procureur n'en soit informé. Il obtient également de la part de de Gaulle le renvoi de Michelet le 24 août15.

La FPA fut dissoute le 30 juin 1962. Au moment de l'indépendance, « par la volonté expresse du Préfet Maurice Papon », selon le colonel Pierre de Buxeuil de Roujoux, ancien Commandant en second de la FPA, tous les hommes se sont vu confirmer leur nationalité française et offrir de rester dans les rangs de la préfecture de Police.

304 sont intégrés dans la police et 150 y ont atteint la retraite, dont certains comme Commissaires de police ou Commandants de gardiens de la Paix6

. Certains trop compromis se verront remettre une nouvelle identité complète5.

Dans son livre Les chevaux du pouvoir, Maurice Papon rend hommage à la FPA, à son chef et à ses officiers16 :

« Il est vrai que des supplétifs tomberont sous les coups de l'OS17, mais la discipline et la résolution des unités de cette force supplétive resteront exemplaires. Celui qui est devenu le commandant Montaner pourra être fier de ses officiers et de ses troupes comme de lui-même. Étroitement intégré à la préfecture de police, il aura en conduisant la FPA avec succès, honoré l'Armée à laquelle il appartient. »

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Raymond Montaner, était né le  à Boufarik et il est  mort le  à Villefranche-d'Albigeois, était un lieutenant-colonel français, ancien

commandant de la Force de police auxiliaire pendant la guerre d’Algérie, de 1959 à 1962.

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Discours de M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à l'occasion de la journée d'hommage national aux Harkis Palais de l'Élysée, le mardi 25 septembre 2001 Mesdames et Messieurs les Présidents d'associations, Mesdames et Messieurs, mes chers compatriotes, Permettez-moi de vous dire tout le plaisir et toute la fierté que j'éprouve à vous accueillir dans cette maison, qui est aussi la vôtre et celle de tous les Français. Pour vous, pour moi, pour tous ceux qui ont connu les années tragiques au cours desquelles la France et l'Algérie se sont séparées, la cérémonie d'aujourd'hui est empreinte d'une grande émotion. C'est un rendez-vous avec l'honneur, avec la fierté d'hommes qui se sont battus pour la France et pour les idéaux qu'elle représente. C'est aussi un rendez-vous avec notre histoire. Une histoire mal connue, une histoire douloureuse et souvent déformée. Une histoire qu'il importe aujourd'hui de rappeler aux Français, parce qu'elle exprime la souffrance d'hommes qui ont aimé notre patrie. C'est enfin et surtout un rendez-vous avec la République. Avec son unité, qui ne saurait s'accommoder d'aucune forme d'exclusion. Avec la continuité de son histoire, qui ne peut accepter aucune forme d'oubli. C'est au nom de cette idée de la République que nous rendons aujourd'hui un hommage solennel aux anciens des forces supplétives, ceux que l'on a pris l'habitude d'appeler les Harkis, et que nous affirmons le devoir moral de la Nation envers eux. "La République française témoigne de sa reconnaissance envers les rapatriés anciens membres des formations supplétives et assimilés ou victimes de la captivité en Algérie pour les sacrifices qu'ils ont consentis". Ainsi s'ouvre la loi du 11 juin 1994, adoptée à l'unanimité par le Parlement. Ces mots figureront désormais sur la pierre des Invalides, mémoire vivante de la France, ainsi que dans vingt-sept autres lieux de notre territoire, que les Harkis ont marqués de leur présence et de leur souvenir. Depuis la fin des affrontements qui se sont déroulés en Algérie, le temps a commencé son oeuvre. Sans effacer les moments héroïques, il nous permet aujourd'hui de porter un regard de vérité sur les déchirements et les horreurs qui ont accompagné ce conflit comme sur les drames terribles qui l'ont suivi. Le travail de deuil, indispensable, ne doit en aucun cas être synonyme d'oubli. Nous devons hommage et fidélité aux combattants qui ont lutté, et parfois donné leur vie pour la France. Harkis, Moghaznis, tirailleurs, spahis, membres des forces régulières ou des forces supplétives, des groupes mobiles de sécurité, des groupes d'autodéfense et des sections administratives spécialisées : ils sont plus de 200 000 à avoir pris les armes pour la République et pour la France, pour défendre leurs terres et pour protéger leurs familles. Pour beaucoup de ces soldats, parfois très jeunes, la guerre a été le premier des déchirements de la vie. Tous méritent aujourd'hui de prendre leur place dans notre mémoire militaire, au sein des armées qui ont illustré notre drapeau. En passant ce matin en revue les régiments héritiers des glorieuses unités de l'armée d'Afrique, je pensais également à l'ensemble des Français musulmans qui ont combattu pour leur pays, aux soldats qui ont sauvé l'honneur du drapeau français dans les heures les plus tragiques de notre histoire et aux nombreux contingents qui, pendant plus d'un siècle, se sont distingués sur tous les continents. Les Harkis ont perpétué leur mémoire, dans l'honneur et le dévouement. Notre hommage s'adresse aussi aux personnels civils, aux responsables administratifs et politiques, aux nombreux musulmans qui ont tant sacrifié à leur engagement au service de la République, au point d'y avoir parfois trouvé la mort. Notre souvenir va enfin à l'ensemble des hommes, des femmes, et hélas aussi des enfants qui ont péri en Algérie, victimes de la guerre et de la haine. De ces années tragiques, rien ne peut s'effacer. Pour les populations civiles, le 19 mars 1962 a marqué la fin des hostilités militaires, mais pas la fin des souffrances. D'autres épreuves, d'autres massacres sont venus s'ajouter aux peines endurées pendant plus de sept ans. Qu'elles soient tombées avant ou après le cessez-le-feu, nous devons à toutes les victimes l'hommage du souvenir. Oublier une partie d'entre elles, ce serait les trahir toutes. Aux combattants, à ces hommes, à ces femmes, j'exprime la reconnaissance de la Nation. C'est pour la France une question de dignité et de fidélité. La République ne laissera pas l'injure raviver les douleurs du passé. Elle ne laissera pas l'abandon s'ajouter au sacrifice. Elle ne laissera pas l'oubli recouvrir la mort et la souffrance. Puisse ce 25 septembre témoigner de la gratitude indéfectible de la France envers ses enfants meurtris par l'histoire ! En même temps qu'un hommage, cette journée est l'occasion d'exprimer le devoir moral que notre pays conserve à l'égard de ceux qui l'ont servi. Ce devoir de vérité et de reconnaissance est pour le Président de la République et pour le chef des armées une obligation impérieuse, une dette d'honneur. Engagé comme vous dans le conflit algérien, je sais l'aide que vous avez apportée à la France. Je comprends le sentiment d'abandon et d'injustice que vous avez pu éprouver. Et je partage votre amertume devant certaines attitudes et certains propos. Sachez que je les condamne fermement. Notre premier devoir, c'est la vérité. Les anciens des forces supplétives, les Harkis et leurs familles, ont été les victimes d'une terrible tragédie. Les massacres commis en 1962, frappant les militaires comme les civils, les femmes comme les enfants, laisseront pour toujours l'empreinte irréparable de la barbarie. Ils doivent être reconnus. La France, en quittant le sol algérien, n'a pas su les empêcher. Elle n'a pas su sauver ses enfants. Les Harkis ne sauraient demeurer les oubliés d'une histoire enfouie. Ils doivent désormais prendre toute leur place dans notre mémoire. La mission des historiens doit se poursuivre. Elle doit être menée avec conscience et impartialité. La connaissance du passé, parce qu'elle permet de rendre justice aux victimes de l'histoire ne peut que servir l'approfondissement de notre concorde nationale. Ce devoir de vérité trouve son prolongement naturel dans un devoir de reconnaissance. Malgré l'intervention de l'État, des collectivités locales et l'action généreuse de nombreuses associations, les difficultés de l'accueil initial, marqué par le confinement dans des camps ou le regroupement dans des quartiers isolés, ont conduit à des situations de précarité et parfois d'extrême détresse. Les conséquences en sont encore visibles aujourd'hui. Sans doute une France profondément marquée et divisée par le conflit algérien n'étaitelle pas préparée à l'accueil des rapatriés. Mais il faut aujourd'hui réparer les erreurs qui ont été commises. Alors que tout dans notre tradition républicaine refuse le système des communautés, on a fait à l'époque, dans l'urgence, le choix de la séparation et de l'isolement. Les jeunes ont également souffert, victimes de l'installation trop précaire de leurs parents. Leur scolarité, leur formation se sont déroulées dans des conditions particulièrement difficiles, qui sont encore à l'origine de handicaps importants. Pour eux comme pour la France, tout cela représente une perte de chances intolérable. Nous devons y remédier, par fidélité à notre tradition d'accueil et par respect pour ce que les Français musulmans rapatriés apportent à notre pays, à son équilibre social, à sa culture et à son ouverture sur le reste du monde. La communauté nationale a commencé à prendre en compte cette situation, notamment à travers les lois de 1987 et de 1994. En réparant une partie du préjudice subi. En aidant les veuves des anciens combattants. En créant un véritable statut pour les captifs. En favorisant aussi l'accès à la propriété, afin que les Harkis s'enracinent dans la patrie qu'ils ont contribuée à défendre. Ces mesures n'ont pas répondu à toutes les difficultés, tant le retard accumulé était important. Mais elles ont permis d'améliorer la situation des rapatriés. Elles doivent être poursuivies et prolongées. Au-delà de l'approfondissement des actions déjà entreprises, cela nécessite de lutter plus efficacement contre toutes les discriminations, quels que soient le lieu où elles s'expriment et la forme qu'elles revêtent. Cela veut dire aussi encourager la formation et favoriser l'accès à l'emploi des plus jeunes générations, qui restent encore indûment pénalisées dans leur recherche de travail. Comme je l'ai toujours fait, je veillerai à ce que les Harkis et leurs enfants aient toute leur place dans notre communauté nationale. C'est un devoir républicain. La force d'une Nation tient d'abord à son unité, à une histoire partagée, à la solidarité qui l'anime, à la fierté que chacun retire de son appartenance à une collectivité humaine vivante et fraternelle. Nous avons le devoir d'agir pour que tous les Français, d'où qu'ils viennent, puissent se retrouver dans la République. Les anciens des forces supplétives ont fait, il y a quarante ans, le choix de la France. Ils ont quitté leur terre natale et leurs proches pour reconstruire leur vie en France et continuer à participer à l'histoire de notre pays. Ce choix, ils le renouvellent, eux et leurs enfants, tous les jours. Il est juste qu'ils trouvent partout les moyens d'exercer leurs droits de citoyens et d'exprimer leur fierté d'être français. Mesdames et Messieurs, La France se veut avant tout une communauté de destin. L'appartenance à la Nation ne vient pas seulement chez nous du sol, ni de la naissance, mais aussi et surtout de l'adhésion aux valeurs de la République et de la volonté de vivre ensemble. Cela crée des obligations particulières envers ceux pour qui la citoyenneté française a été un choix et, plus encore qu'un choix, un combat. Ce combat, celui de vos pères, le vôtre, est aussi celui de tous les Français. Je me réjouis que l'ensemble de nos concitoyens se montre de plus en plus sensible à l'histoire des Harkis, aux tragédies qui ont marqué leur destin, aux difficultés qu'ils rencontrent. Chacun s'accorde aujourd'hui à reconnaître leur engagement, l'aide qu'ils ont apportée à la France et le devoir que la République garde envers eux. Au nom de l'ensemble de nos concitoyens, je suis heureux d'adresser aux Harkis et à leur famille ce message solennel de respect, d'amitié et de reconnaissance, en leur faisant part de toute la gratitude de la France pour les sacrifices qu'ils ont consentis. Je vous remercie.

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Date de dernière mise à jour : 09/05/2017

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